Le début de l’automne est un bon moment pour multiplier ses fraisiers et préparer de belles récoltes. Techniquement, on ne « divise » pas vraiment le plant : on prélève les jeunes plants portés par les stolons et on les installe ailleurs. C’est l’une des façons les plus simples d’agrandir son carré de fraises sans rien acheter. Réalisée au bon moment, l’opération donne des plants vigoureux pour la saison suivante.
Septembre reste le mois de référence, et le début d’octobre convient encore bien. Si vous n’avez pas pu intervenir plus tôt, tout n’est pas perdu : nous y revenons plus bas. À cette période, les températures baissent, l’humidité augmente et les plantes ralentissent leur croissance. Ces conditions favorisent l’enracinement des nouveaux plants et limitent le stress hydrique.
Les fraisiers ont eu tout l’été pour développer leurs stolons, ces tiges rampantes qui assurent leur multiplication naturelle. À l’automne, beaucoup de ces stolons ont déjà émis leurs premières racines au contact du sol, ce qui facilite la reprise une fois les plants séparés du pied mère.
Les avantages climatiques du début d’automne
La fraîcheur matinale et les rosées plus abondantes créent des conditions propices à l’établissement des jeunes plants. L’évaporation réduite leur permet de consacrer leur énergie à l’enracinement plutôt qu’à lutter contre la déshydratation. Les pluies d’automne allègent en outre l’arrosage, ce qui diminue le risque d’oubli qui pourrait compromettre la reprise. Pour choisir l’emplacement et le calendrier d’un futur carré, vous pouvez lire pourquoi septembre est idéal pour installer un nouveau carré de fraisiers.
Le processus de multiplication naturel des fraisiers
Les fraisiers cultivés (Fragaria × ananassa) sont des plantes vivaces qui se multiplient volontiers par voie végétative. Les plants obtenus sont des clones de la plante mère et en conservent donc les caractéristiques : goût, calibre, précocité. Ce clonage passe par l’émission de stolons, des tiges spécialisées qui s’étendent horizontalement depuis le plant principal.
Le développement des stolons
Chaque stolon peut donner un nouveau fraisier complet. Au contact d’un sol favorable, le bourgeon situé au bout du stolon développe spontanément des racines. Cette facilité d’enracinement explique pourquoi le fraisier se multiplie sans hormone de bouturage ni technique compliquée.
Un seul pied mère peut produire plusieurs jeunes plants en une saison, et former rapidement une petite colonie si l’espace le permet. C’est aussi ce qui explique l’aptitude des fraisiers sauvages à coloniser leur environnement.
La technique pas à pas
Il suffit d’un sécateur ou d’un couteau bien aiguisé, désinfecté à l’alcool ou à l’eau de Javel diluée. Cette précaution limite le risque de transmettre des maladies d’un plant à l’autre.
Identification des stolons viables
Commencez par choisir le pied mère : prélevez de préférence sur des plants sains et productifs, plutôt que sur de vieux pieds fatigués, qui peuvent transmettre leurs faiblesses aux plants fils. Repérez ensuite les stolons les plus prometteurs. Les stolons sains ont un feuillage vert, sans jaunissement ni taches suspectes. Des radicelles blanches au niveau des nœuds indiquent un enracinement amorcé, donc de bonnes chances de reprise. Écartez les plants faibles, décolorés ou flétris.
Le premier plantule formé à partir du pied mère est généralement le plus vigoureux. Ceux situés plus loin sur le stolon sont utilisables, mais demandent un peu plus de soin à la plantation.
La coupe et la séparation
Une fois les plants sélectionnés, effectuez une section nette entre le plant fils et la plante mère. Laissez environ 2 à 3 centimètres de stolon attachés au nouveau plant. Ce petit bout se desséchera naturellement sans nuire au jeune fraisier.
Si un stolon porte plusieurs plants en série, sectionnez entre chaque pied pour les récupérer tous. Veillez à ce que chacun possède son propre petit système racinaire avant de le séparer.

Préparation du terrain et plantation
La réussite dépend largement du sol qui accueille les nouveaux plants. Les fraisiers apprécient les terres légères, bien drainées, riches en matière organique, au pH légèrement acide. Un sol compact ou mal drainé favorise l’asphyxie des racines et compromet l’installation des jeunes plants.
Amendement et enrichissement
Avant la plantation, incorporez du compost mûr ou du terreau de qualité. Cet apport améliore la structure du sol : il retient l’humidité tout en gardant un bon drainage. Du fumier bien décomposé peut compléter l’ensemble et nourrir le démarrage.
Un travail superficiel d’une quinzaine de centimètres suffit pour ameublir la terre et permettre aux jeunes racines de s’y enfoncer. Inutile de labourer plus profondément, ce qui perturberait la vie du sol.
Espacement et disposition
Prévoyez environ 30 centimètres entre les plants et 40 centimètres entre les rangs. Ces distances évitent la concurrence pour l’eau et les nutriments, facilitent l’entretien et laissent l’air circuler, ce qui limite les maladies fongiques liées à l’humidité stagnante. Plantez avec le collet (la base des feuilles) au niveau du sol, sans l’enterrer.
Les soins après la plantation
Les premières semaines sont décisives. Un arrosage régulier mais modéré maintient le sol frais sans le détremper. L’équilibre n’est pas toujours simple à tenir selon la météo : vérifiez avec le doigt plutôt que de suivre un calendrier. Un paillage léger aide à conserver cette fraîcheur et protège les racines du froid.
Surveillance et protection
Le feuillage est le meilleur indicateur de la reprise. Des feuilles vertes et fermes signalent un enracinement réussi, alors qu’un jaunissement ou un flétrissement persistant doit vous alerter. Vérifiez alors l’arrosage et le drainage.
Ne Tuez Plus Jamais une Plante
Si le temps reste sec et ensoleillé après la plantation, protégez les jeunes plants du vent desséchant et du soleil vif avec un voile d’ombrage, ou choisissez un emplacement abrité. Surveillez aussi les limaces, qui adorent les jeunes feuilles tendres.
Avantages économiques et écologiques
Multiplier ses fraisiers représente une économie réelle : acheter plusieurs dizaines de plants en jardinerie finit par coûter cher, alors que les stolons d’un carré en bonne santé fournissent gratuitement autant de plants que l’on souhaite.
Impact environnemental positif
La démarche s’inscrit dans un jardinage durable : en conservant et en multipliant ses propres variétés, on évite des plants transportés sur de longues distances et on garde les variétés qu’on aime.
Les plants issus de stolons reproduisent fidèlement la plante mère, ce qui garantit les qualités gustatives de la variété, contrairement au semis, dont les résultats sont plus aléatoires. En revanche, cette fidélité vaut aussi pour les défauts : un pied mère malade ou épuisé donnera des plants qui le sont aussi, d’où l’intérêt de bien choisir ses sources.
Gestion de l’espace et planification des cultures
Multiplier ses plants permet de renouveler le carré sans interruption. Les fraisiers perdent progressivement en productivité après trois ou quatre ans au même endroit, et le renouvellement devient alors utile pour garder des récoltes généreuses.
Stratégie de renouvellement
Installez les nouveaux plants sur un emplacement différent pendant que l’ancien carré termine son cycle. Cette rotation évite de replanter des fraisiers sur un sol « fatigué » et permet d’arracher les vieux pieds sereinement, une fois les jeunes bien installés. Les plants mis en terre à l’automne s’enracinent avant l’hiver et peuvent donner une première récolte dès le printemps suivant.
Et si l’on a manqué septembre ? Tant que le sol n’est ni gelé ni gorgé d’eau, il reste possible de repiquer des stolons plus tard en saison, à condition de bien pailler. Les plants auront moins de temps pour s’enraciner : mieux vaut les surveiller de près. En cas de doute ou de gel installé, attendez le printemps.
Variétés adaptées à la multiplication
La plupart des fraisiers cultivés émettent des stolons, mais avec une vigueur variable. Les variétés à gros fruits comme « Gariguette » ou « Ciflorette », qui donnent une seule grande récolte au printemps, se multiplient bien par ce procédé. « Charlotte », elle, est remontante : elle fructifie par périodes jusqu’à l’automne.
Particularités des fraisiers des bois
Les fraisiers des bois (Fragaria vesca) se multiplient aussi par stolons, mais certaines variétés n’en font pas du tout et se reproduisent par semis ou par division de touffes. Il faut donc un peu de patience, mais on est récompensé par des fruits au parfum incomparable et une belle rusticité.
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La précipitation est le premier piège : sectionner un stolon dont les racines sont encore à peine visibles conduit souvent à l’échec. Attendez que les radicelles forment un petit système cohérent avant de séparer le plant fils de sa mère.
Négligence après la plantation
Abandonner les jeunes plants à eux-mêmes est une autre cause d’échec fréquente. Pendant les premières semaines, un arrosage irrégulier, l’absence de protection contre les limaces ou une maladie non repérée peuvent ruiner l’ensemble du travail. Si des plants peinent malgré tout à repartir, certains gestes simples peuvent les relancer, comme l’explique cet article sur les fraisiers replantés qui ne repartent pas.
Planter trop tard en saison reste enfin un risque : moins les racines ont de temps pour s’installer avant les gelées, plus les plants sont fragiles pendant l’hiver. Un bon paillage et un suivi attentif compensent en partie ce retard.
Bénéfices à long terme de cette pratique
Renouveler régulièrement ses fraisiers est payant sur la durée : on garde des plants jeunes, vigoureux et productifs, et l’on peut agrandir sa culture à son rythme. Plus il y a de pieds en production, plus la récolte est abondante, ce qui permet aussi de congeler, de cuisiner confitures et coulis, ou de partager avec ses proches.
Cette technique simple apprend aussi à observer ses plantes et à anticiper le renouvellement du carré. Multiplier ses fraisiers à l’automne, c’est une façon économique et écologique de cultiver ses propres fruits, saison après saison.

Chantal est rédactrice pour Chaque Jour, Jardin. Elle écrit des articles pour le site, avec une exigence simple : des conseils de jardinage justes, compréhensibles et utiles à tous, du grand jardin au rebord de fenêtre.
